jeudi

Katerine, "Moment parfait", Expecto Patronum


Ce "Moment parfait" est la plus belle chanson du monde.

Que j'entends comme des souvenirs de moments parfaits, ceux où l'intime rejoint l'universel. Des moments "messianiques" aussi (révolutionnaires), où une porte s'ouvre hors du temps chronologique (l'histoire des vainqueurs).

"Faire œuvre d’historien ne signifie pas savoir « comment les choses se sont réellement passées ». Cela signifie s’emparer d’un souvenir, tel qu’il surgit à l’instant du danger. Il s’agit pour le matérialisme historique de retenir l’image du passé qui s’offre inopinément au sujet historique à l’instant du danger. (...) L’historien matérialiste ne saurait renoncer au concept d’un présent qui n’est point passage, mais arrêt et blocage du temps. Car un tel concept définit justement le présent dans lequel, pour sa part, il écrit l’histoire. L’historicisme compose l’image « éternelle » du passé, le matérialisme historique dépeint l’expérience unique de la rencontre avec ce passé."

Walter Benjamin, Sur le concept d'histoire
 

Et j'entends ce couplet

"Ni souvenir, ni avenir
Un oiseau passe
Chante Montparnasse,
Poulenc, Apollinaire
Bien sûr qu'il peut le faire"

Comme un bienveillant encouragement à faire enfin, vraiment, de la poésie
Une marque de confiance

(parce que j'entends toutes les œuvres d'art comme m'étant personnellement adressées)

(et parce que j'ai fait une chanson qui s'intitule "La langue des oiseaux")

Alors je cherche, Montparnasse, Poulenc, Apollinaire


"Ô porte de l'hôtel avec deux plantes vertes
Vertes qui jamais
Ne porteront de fleurs
Où sont mes fruits?
Où me planté-je?
Ô porte de l'hôtel un ange est devant toi
Distribuant des prospectus
On n'a jamais si bien défendu la vertu
Donnez-moi pour toujours une chambre à la semaine
Ange barbu vous êtes en réalité
Un poète lyrique d'Allemagne
Qui voulez connaître Paris
Vous connaissez de son pavé
Ces raies sur lesquelles il ne faut pas que l'on marche
Et vous rêvez
D'aller passer votre Dimanche à Garches
Il fait un peu lourd et vos cheveux sont longs
Ô bon petit poète un peu bête et trop blond
Vos yeux ressemblent tant à ces deux grands ballons
Qui s'en vont dans l'air pur
À l'aventure"

J'écoute ça dans cet hôtel parisien, et je suis cet ange barbu, ce poète lyrique d'Allemagne, ce bon petit poète un peu bête et trop blond.
C'est un moment parfait, quand une œuvre d'art (parce que vous avez cherché à la comprendre) vous révèle qui vous êtes vraiment.

Puis j'écoute Francis Poulenc, et Denise Duval.
Elle chante, dans "Les mamelles de Tirésias" son désir ne plus être femme.
"L'envol des symboles de sa féminité", représentés au théâtre par des ballons rouges qui s'élèvent, rappelle les yeux du poète, "ces deux grands ballons qui s'en vont dans l'air pur"


Enfin, "Le Bestiaire" de Poulenc, sur des textes d'Apollinaire


Me fait penser au patronus de Harry Potter

"Le Patronus représente une force positive, une projection de tout ce qui sert de nourriture aux Détraqueurs - l'espoir, le bonheur, le désir de vivre - mais, à l'inverse des humains, le Patronus ne peut pas ressentir de désespoir et le Détraqueur ne peut donc pas lui faire de mal." (Remus Lupin).

"Le sortilège du Patronus est un acte de magie très avancé, un sortilège qui permet au sorcier qui l'utilise de faire apparaître un Patronus et de bénéficier ainsi d'une très grande protection. Peu de sorciers sont capables de le lancer. Il est nécessaire pour le lanceur de penser à un souvenir particulièrement heureux pour réussir à lancer ce sort."

Le patronus de Harry Potter est un cerf.



Le mien, aujourd'hui, est un oiseau (au plumage d'étoiles).

2 commentaires:

  1. Ultimo anno non me credidisti. Vides denique W. poetam esse !
    Merci pour ce moment de lecture parfait.

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. Merci d'être une lectrice parfaite :)

      Supprimer